Amphise et Melitta

C. Koechlin

Assis au bord du lac où baignent leurs pieds nus,

Amphise et Melitta, depuis qu'ils sont venus

Immobiles, les doigts unis les lèvres closes

S'enivrent du beau soir d'or limpide et de roses,

Et remplissent leur âme à la splendeur qui sort

Des grands monts violets reflétés dans l'eau d'or.

Le calme est infini... D'une insensible haleine,

La brise à leurs pieds roule une eau ridée à peine

Et les cygnes, au long des jardins d'orangers

Voguent lourds de paresse et de parfums chargés.

Jamais comme ce soir, et sans rien qui l'altère

Amphise n'a goùté la douceur de la terre.

"O Melitta" dit-il et laissant à dessein

Son front pâle attardé sur la tiédeur du sein,

Il écoute, si doux au fond du soir qui sombre

Le bruit divin du coeur qui pour lui bat dans l'ombre...

"Prends mon âme à ma bouche, ami," dit Melitta,

"Prends mes yeux", dit Amphise et depuis qu'ils sont là

La nuit bleue a noyé le lac et les campagnes

Et la lune se lève au dessus des montagnes.