L'Île ancienne

C. Koechlin

Je rêve d'une île ancienne,

D'une île grecque au nom d'or pur,

Ouverte, rose, sur l'azur

De quelque mer Ionienne...

Je le vois se mirer dans l'eau,

Touffe de verdure embaumée,

Avec sa ville parsemée,

Toute blanche au flanc du coteau.

Je vois des portiques de marbre

Surgir dans le soleil levant.

Les oliviers frémir au vent

Et les abeilles dans les arbres...

Les vierges s'en vont à pas lents,

Traînant par les prés d'asphodèles

Des robes que leur corps modèle,

Aux grands plis légers et flottants.

Le ciel est doux, au loin palpite

L'hymne divin de la couleur;

Un enfant, beau comme une fleur

Chante l'âme de Théocrite;

Des vaisseaux passent au loin,

Venant d'Ophir ou de Golconde;

Vénus tord sa nudité blonde

Dans le sourire du matin.

Je rêve d'une île ancienne,

D'une île grecque au nom d'or pur,

Ouverte, rose, sur l'azur

De quelque mer Ionienne...

Heureuse à la lumière exquise

Mon âme est celle des bergers

Dont les chevreaux broutent, légers,

Parmi le thym et le cytise.