Psyché

C. Koechlin

L'AMOUR

Je le suis, ma Psyché, de toute la nature:

Les rayons du soleil vous baisent trop souvent;

Vos cheveux souffrent trop les caresses du vent:

Dès qu'il les flatte, j'en murmure;

L'air même que vous respirez

Avec trop de plaisir passe sur votre bouche;

Votre habit de trop près vous touche;

Et sitôt que vous soupirez,

Je ne sais quoi qui m'effarouche

Craint parmi vos soupirs des soupirs égarés.

Mais vous voulez vos sœurs. Allez, partez, Zéphire:

Psyché le veut, je ne l'en puis dédire.

(Le Zéphire s'envole.)

Quand vous leur ferez voir ce bienheureux séjour,

De ses trésors faites-leur cent largesses,

Prodiguez-leur caresses sur caresses,

Et du sang, s'il se peut, épuisez les tendresses,

Pour vous rendre toute à l'amour.

Je n'y mêlerai point d'importune présence;

Mais ne leur faites pas de si longs entretiens:

Vous ne sauriez pour eux avoir de complaisance

Que vous ne dérobiez aux miens.