L'absence

C. Lavallée

Te souvient-il quand ta chère présence

Troublait mes sens, exaltait mon amour?

Seul, aujourd'hui, je pleurs ton absence,

Jetant ma plainte aux échos d'alentour.

O toi que j'aime

Plus que moi-même,

Puisse ton coeur garder le souvenir

Des jours d'ivresse

Où ta tendresse

Me promettait un heureux avenir.

Te souvient-il de l'aveu de ma flamme,

Nous étions seuls, c'était par un beau soir.

D'un long regard incendiant mon âme,

Tes yeux si beaux me versèrent l'espoir.

Rayon céleste,

Trouble de l'âme, et pudique candeur,

Tendre délire,

Je croyais lire,

Dans ton oeil noir, l'arrêt de mon bonheur.

Te souvient-il avec quelle constance

Je recherchais ce regard de tes yeux?

Pour le revoir,

Vers toi mon coeur s'élance,

Et je me sens brûler des mêmes feux,

Joie éphémère!

Pensée amère!

Je ne pourrai donc jamais te franchir,

Longue distance,

Mon existence

Je donnerais,

Destin, pour te fléchir!

Souvent la nuit je crois revoir tes charmes,

Tu m'apparais, pressant encor ma main.

Puis dans mon coeur renaissent les alarmes,

Et je crains le réveil du lendemain.

Le jour m'enlève

Un si doux rêve;

C'est en vain que mon regard éperdu

Te cherche encore

Après l'aurore,

Je reste seul, navré, triste, abattu.