Tu ne m'aimais pas

C. Malo

Quand le printemps par la fenêtre ouverte

Vint nous sourire un Dimanche d'Avril

Je t'emmenai dans la campagne verte,

Lise, dis-moi, ton cœur s'en souvient-il?

En revenant par un sentier bien sombre

Ton bras tremblant s'appuyait sur le mien,

Car le feuillage en murmurant dans l'ombre

Te faisait peur, et j'étais ton soutien.

En ce temps-là, je t'aimais bien, ma chère,

J'aurais baisé la place de tes pas

J'aurais donné mon sang, ma vie entière

Et cependant, toi, tu m'aimais pas!

Insouciante et surtout paresseuse

Sachant alors te contenter de peu

Les soir d'hiver tu revenais, frileuse,

Te réchauffer avec moi près du feu;

Nous voyagions dans le pays du tendre,

Et tes genoux me servaient d'oreiller

Quand la bouilloire, à moitié dans le cendre,

Nous fredonnait son refrain régulier.

En ce temps-là, je t'aimais bien, ma chère,

J'aurais baisé la place de tes pas

J'aurais donné mon sang, ma vie entière

Et cependant, toi, tu m'aimais pas!

Quand je comptais le plus de ta constance

Que je croyais ton cœur au mien uni,

Oiseau volage et plein d'indifférence,

Un beau matin tu désertas le nid;

Je t'ai pleurée une grande semaine,

Et j'aurai pu regretter nos amours

Si je n'avais appris, belle inhumaine,

Que tu m'avais, hélas! trompé toujours.

En ce temps-là, je t'aimais bien, ma chère,

J'aurais baisé la place de tes pas

J'aurais donné mon sang, ma vie entière

Et cependant, toi, tu m'aimais pas!