In Memoriam
C. Manen
Je n'aime pas, ce soir, ce soleil qui se couche
En cette cendre grise où s'éteint l'horizon;
Le crépuscule amer laisse au fond de la bouche
L'âpre goût que les pleurs mêlent à son frisson.
Je n'aime pas l'odeur de ces roses qu'on cueille
Et qu'on tresse en couronne et qu'on noue en bouquets,
Ni le parfum que laisse à la main qu'elle endeuille
La violette née à l'ombre des cyprès.
Il y aura demain sur la colline verte
Une tombe nouvelle avec un nom nouveau.
Car la mort a soufflé sur la fleur entrouverte
Et l'orag-e pesant a brisé l'arbrisseau.
Si ton poids est léger à ceux que l'âge accable
Et qui virent le jour et le soir trop souvent,
Je te trouve bien lourde, ô terre inexorable,
Quand tu pèses ainsi sur le corps d'un enfant!