La cloche

C. Saint-Saëns

Seule en ta sombre tour aux faîtes dentelés,

D'où ton souffle descend sur les toits ébranlés,

Ô cloche suspendue au milieu des nuées,

Par ton vaste roulis si souvent remuées,

Tu dors en ce moment dans l'ombre, et rien ne luit

Sous ta voûte profonde où sommeille le bruit!

Oh! Tandis qu'un esprit qui jusqu'à toi s'élance,

Silencieux aussi, contemple ton silence,

Sens-tu, par cet instinct vague et plein de douceur

Qui révèle toujours une soeur à la soeur

Qu'a cette heure où s'endort la soirée expirante,

Une âme est près de toi, non moins que toi vibrante,

Qui bien souvent aussi jette un bruit solennel,

Et se plaint dans l'amour comme toi dans le ciel!