Le fleuve
C. Saint-Saëns
Je voudrais être un fleuve calme
S'endormant sur un lit doré.
Le vent du printemps adoré,
D'un lent frisson de larges palmes,
Viendrait m'éventer doucement;
Les rayons des nuits, des aurores,
Me verseraient un flamboiement
D'étincelles multicolores.
Tu serais une île de fleurs
Roses comme tes lèvres mûres,
Légères comme les murmures
De tes refrains ensorceleurs,
Une île de fleurs azurées
Comme tes yeux au bleu charmant
Et blanches comme les livrées
Des archanges du firmament.
Ah! je voudrais être ce fleuve
Que ne troublerait nul émoi;
Tu serais au milieu de moi
Cette île à la floraison neuve;
Autour de toi je coulerais,
Plein de lumière et de tendresse,
Et toujours t'envelopperais
De mon éternelle caresse!