Le soir

C. Saint-Saëns

Le soir descend sur la colline;

La montagne au loin brille encor;

La fraîcheur sereine et divine

S'exhale des nuages d'or.

D'où vient le bonheur qu'on respire?

D'où vient cette étrange douceur?

D'où vient qu'il n'est pas de martyre

Qui ne cède au soir enchanteur?

Le lac, sur son eau transparente

Que ride à peine un souffle pur,

Laisse glisser la barque errante

Qui se mire dans son azur.

D'où vient qu'au suave murmure,

Au doux balancement des eaux,

Il n'est pas de douleur qui dure,

Et que l'oubli succède aux maux?

Lorsqu'au souffle des nuits prochaines

On vogue sur le lac profond,

D'où vient qu'on ne sent plus ses chaînes

Et qu'en désirs l'âme se fond?

C'est que sur l'eau, dans le silence,

Fuyant chaumières et palais,

L'esquif emporte une espérance:

Celle de n'aborder jamais!

C'est que, dans l'azur de ses voiles,

La nuit porte un espoir divin:

Celui d'un jour semé d'étoiles

Dont l'aurore croîtra sans fin!