Les cloches de la mer
C. Saint-Saëns
Parfois, pendant les longues heures,
de la nuit, quand grondent les mers,
on entend des cloches qui pleurent
dans les rocs aux goemons verts.
Elles sonnent au loin, dans l'ombre,
le glas des marins trépassés,
martyrs dont croit toujours le nombre:
La mer n'en a jamais assez.
Cloches sinistres des abimes
par vos éternelles clameurs
croyez-vous expier leurs crimes
et des veuves tarir les pleurs?
Vos prières sont des blasphèmes!
La Nature, mère des deuils
qui brise les naufragés blemes
contra la frange des écueils,
en vain par votre voix adjure
les veuves et les orphelins
de ceux qu'elle jette en pature
à la tempete, aux flots félins:
Car tous, pendant de longues heures,
de la nuit, quand grondent les mers,
maudiront les cloches qui pleurent
dans les rocs aux goemons verts,
sonnant au loin, là-bas dans l'ombre,
sous le souffle des vents glacés,
pour les deuils dont s'accroit le nombre,
le glas des marins trépassés.