Maria Lucrezia

C. Saint-Saëns

Le doux printemps vient d'éclater!

Tout chante en mon âme ravie!

A mes lèvres je sens monter mon âme

Comme une harmonie;

Et Dieu, sur l'arbre de la vie,

Dieu me suspendit pour chanter,

Comme la harpe d'Éolie!

Hélas! si je chante comme elle,

Écho mourant des bois

Je n'ai pour âme que ma voix!

Ma vie est un souffle si frêle

Qu'au tombeau s'il me veut coucher

Le temps n'aura qu'a me toucher

Non du bout de sa faux, mais du bout de son aile

Jetée, ici-bas pour souffrir

Je n'ose pas aimer... je dois sitôt mourir.

Douleur amère! Cuisants regrets!

Jamais je ne dirai... mon époux! et jamais

On me dira... ma mère!

Eh bien! eh bien! envole-toi!

Envole-toi, mon âme,

Éteignez-vous, accents de flamme

Pour vous rallumer dans les cieux!

Pour ce monde impie et funeste

Tu n'étais pas faite, ô ma voix!

Tu te réveilleras dans un concert céleste!