Pallas Athéné
C. Saint-Saëns
Les Dieux sont morts, leur culte aboli;
C'est à peine
Si leur grand nom par une lèvre humaine
Est encor murmuré.
La nuit qui sur eux pèse à déjà trop dure
Pour nous donner l'espoir d'une aurore prochaine.
Pourtant, plus doucement les étoiles ont lui
Parmi l'ombre plus claire;
Quelle voix t'a troublé, silence séculaire
Et quelle blanche forme apparait aujourd'hui?
Grandie à l'aube qui se lève,
Elle semble, dans sa beauté,
La vivante splendeur d'un rêve
Que le jour rayonnant achève
Et transforme en réalité!
C'est Pallas Athéné, la déesse, la reine,
Vierge au casque d'argent,
La sagesse sereine
Qui protégeait la Grèce en ses jours radieux;
Apprenant que chez nous son culte allait renaître,
Quittant le Parthénon elle a voulu connaître
Le temple où s'éveillait l'âme des anciens Dieux.
La Provence est sœur de la Grèce
Le même flot de sa caresse
Enchante leurs bords doucement;
Le même azur au firmament
Donne au ciel la même ivresse.
Nos vierges ont charme pareil
Aux vierges des Panathénées;
Elles marchent dans le soleil,
De même grâce environnées.
Fille de Jupiter, Pallas!
Répands tes faveurs à mains pleines!
Comme aux jours de l'antique Hellas,
Les Provençaux, nouveaux Hellènes,
De ton nom font sonner les plaines!
O déesse aux beaux yeux, O Pallas Athéné!
Un nouveau sanctuaire et ton honneur es né!
Le temple est là debout: que ta gloire y pénètre.
Laisse le Parthénon et viens chez nous connaître
La splendeur des jours radieux,
Et viens y réveiller l'âme des anciens dieux!