Sonnet

C. Saint-Saëns

Ce tendre sentiment, dans mon âme il habite;

et je le cache à tous les yeux

si ce n'est quand mon coeur à ton regard palpite

puis revient silencieux.

Un invisible feu, flamme éternelle et sombre,

là, brule lentement comme dans un tombeau.

En vain le désespoir le couvre de son ombre;

toujours il resplendit, inutile flambeau!

Pense à moi, lorqu'auprès de ma tombe récente

tu viendras à passer; pense alors, pense à moi!

Il n'est plus qu'un malheur dont mon coeur s'épouvante:

C'est que mon souvenir ne plane plus sur toi.

Pour la dernière fois ma voix résonne encore;

on peut donner des pleurs à qui dort sans retour;

une larme de toi, c'est tout ce que j'implore:

Seul prix, hélas! de tant d'amour!