L'amant désespéré

C. Tournemire

Forêts solitaires et sombres,

Je viens, dévoré de douleurs,

Sous vos majestueuses ombres

Du repos qui me fuit respirer les douceurs.

Recherchez, vains mortels, le tumulte des villes;

Ce qui charme vos yeux aux miens est en horreur:

Ce silence imposant, ces lugubres asiles,

Voilà ce qui peut plaire au trouble de mon cœur.

Arbres, répondez-moi... Cachez-vous ma Sylvie?

Sylvie, ô ma Sylvie!... Elle ne m'entend pas.

Tyrans de ces forêts, me l'auriez-vous ravie?

Hélas! je cherche en vain la trace de ses pas.

O feuillages chéris, voluptueux feuillages,

Combien de fois vos noirs ombrages

Nous ont aux yeux jaloux l'un et l'autre voilés,

Et que ces doux instants se sont vite écoulés!

Toi qui me répétois les chants de ma Sylvie,

Quand, seule, elle vantoit les douceurs de sa vie,

L'entends-tu? parle, écho; dis, me la rendra-t-on?

Hélas! il semble qu'il dit non.

Mais quel son a frappé mon oreille éperdue?

Peut-être est-ce un soupir de ma divinité,

Qui dit à mon cœur agité:

Viens, elle te sera rendue.

C'est elle! ô doux retour! hâtons-nous d'approcher.

J'entends ses pieds fouler les feuilles gémissantes;

Mais non... c'est ce ruisseau qui va contre un rocher

Briser, en murmurant, ses ondes blanchissantes.

Ce ruisseau murmurer?... Il gémit sur mon sort.

Ces arbres attristants et voués à la mort

Qui couronnent ces rives,

Ces sapins, ces cyprès, leur morne majesté,

Ces bois silencieux, leur vaste obscurité,

Tout semble prendre part à mes douleurs plaintives.

Ah! revînt-elle encore, il ne sera plus temps.

Ses yeux, au lieu de moi, retrouveront ma cendre;

Et les pleurs que sur elle on la verra répandre,

Ses regrets douloureux, ses longs gémissements,

Viendront au tombeau même éveiller mes tourments.