Le charme des bois

C. Tournemire

Que j'aime ces bois solitaires!

Aux bois se plaisent les amants;

Les nymphes y sont moins sévères,

Et les bergers plus éloquents.

Les gazons, l'ombre, et le silence,

Inspirent les tendres aveux;

L'amour est aux bois sans défense;

C'est aux bois qu'il fait des heureux.

Ô vous qui, pleurant sur vos chaînes,

Sans espoir servez sous ses lois,

Pour attendrir vos inhumaines,

Tâchez de les conduire aux bois!

Venez aux bois, beautés volages;

Ici les amours sont discrets:

Vos sœurs visitent les ombrages,

Les Graces aiment les forêts.

Que ne puis-je, aimable Glycère,

M'y perdre avec vous quelquefois!

Avec la beauté qu'on préfère

Il est si doux d'aller aux bois!

Un jour j'y rencontrai Thémire,

Belle comme un printemps heureux

Ou son amant, ou le zéphyre

Avoit dénoué ses cheveux.

Je ne sais point quel doux mystère

Ce galant désordre annonçoit;

Mais Lycas suivoit la bergère,

Et la bergère rougissoit.

Doucement je l'entendis même

Dire au berger, plus d'une fois:

O mon bonheur! ô toi que j'aime!

Allons toujours ensemble aux bois.