La passion de Siva
C. Wildschut
Siva survivra seul, un soir, à tous les Dieux:
Leurs têtes, ce soir-là, pareront sa poitrine,
Et, la paix du néant souriant dans ses yeux,
Siva se chantera sa passion divine:
« J'étais, aux temps passés, l'âme de l'univers,
J'étais le jour, j'étais la nuit, j'étais l'aurore,
J'étais le printemps clair, les étés, les hivers,
L'immense vie ardente, et l'Amour qui dévore.
« Illusoire splendeur, j'habitais mon palais,
Ainsi que l'araignée au centre de ses toiles:
Les âmes tour à tour tombaient dans mes filets,
Et j'ai fait dans mon sein s'éteindre les étoiles.
« Oh! les morts, dormez donc et rêvez dans ma nuit,
En attendant qu'un jour je vous laisse renaître,
Si j'ai besoin encor de lumière et de bruit,
Pour de nouveau combler l'abîme de mon être:
« Car l'abîme est profond et mon cœur plein d'ennui,
Et seul dans l'infini, debout, sombre, livide,
Je pense qu'autrefois mon sein comme aujourd'hui
Portait le ciel entier et restait toujours vide. »