Le défilé de l'armée à la nuit

Carl Loewe

À minuit, de sa tombe

Le tambour se lève et sort,

Fait sa tournée et marche

Battant la caisse bien fort.

De ses bras décharnés

Remue conjointement

Les baguettes, bat la retraite,

Réveil et roulement.

La caisse sonne étrange,

Fortement elle retentit,

Dans leur fosse en resuscitent

Les vieux soldats péris;

Et qui au fond du nord

Sous la glace enfroidis,

Et qui trop chaudement gissent

Sous la terre d'Italie;

Et sous la bourbe du Nil

Et le sable de l'Arabie

Ils quittent leur sépulture,

Leurs armes ils ont saisi.

Alors sur chevaux a&eaucteriens

Arrivent les cavaliers,

Vieux escadrons célèbres

Sanglans et balafrés.

Et à minuit, de sa tombe

Le chef se lève et sort;

À pas lents il s'avance,

Suivi de l'état major.

Petit chapeau il porte,

Habit sans ornement,

Petite épée pour arme

Au côté gauche lui pend.

La lune à pâle luneur

La vaste plaine éclaire;

L'homme au petit chapeau

Des troupes revue va faire.

Les rangs présentent les armes,

Lors sur l'épaule les mettant,

Toute l'armée devant le chef

Défile tambour battant.

On voit former un cercle

Des capitaines et généraux;

Au plus voisin à l'oreille

Le chef souffle un mot,

Ce mot va à la ronde,

Résonne le long de la Seine,

Le mot donné est: la Frace,

La parole: Saint-Hélène.

C'est là la grande revue

Qu'aux Champs Elysées,

À l'heure de minuit

Tient César décédé.