Le Turc

César Antonovich Cui

Hop! mon cheval, hop! galope!

Mon sabre nous enveloppe

D'éclairs bleus en tourbillon.

Ta crinière que je flatte,

Dans la mêlée écarlate,

Déroule un noir pavillon.

Quand, aux carrefours des villes,

Nous broyons les foules villes

Des chiens de chrétiens tremblants,

Tes pieds plus vifs que des ailes,

Arrachent des étincelles

De feu rouge aux pavés blancs.

La mer aux flots de sinople

Qui garde Constantinople,

Demain nous la franchirons.

J'irai dans les basiliques

Déclouer l'or des reliques

Pour ferrer tes sabots ronds.

Les Grecques, mes prisonnières,

Seront tes palefrenières;

Et leurs mains aux doigts nacrés,

Pour te rafraîchir la gorge,

Mêleront le miel et l'orge

Au fond des vases sacrés.

Afin que ton poil qui fume

Se repose et se parfume,

Tu prendras, si tu le veux,

Leurs chambres pour écuries,

Et pour litières fleuries

Les gerbes de leurs cheveux.

Tu les verras toutes nues,

Et, pris d'ardeurs inconnues,

Tu henniras en rêvant

Devant leurs croupes rivales

De la croupe des cavales

Qui s'en vont la queue au vent!