Le soleil s'est couché

Charles Marie Jean Albert Widor

Le soleil s'est couché ce soir dans les nuées;

Demain viendra l'orage et le soir et la nuit;

Puis l'aube, et ses clartés de vapeurs obstruées!

Puis les nuits, puis les jours, pas du temps qui s'enfuit!

Tous ces jours passeront; ils passeront en foule

Sur la face des mers, sur la face des monts,

Sur les fleuves d'argent, sur les forêts, où roule

Comme un hymne confus des morts que nous aimons.

Et la face des eaux, et le front des montagnes,

Ridés et non vieillis, et les bois toujours verts

S'iront [rajeunissant; le fleuve des campagnes

Prendra sans cesse aux monts le flot qu'il donne aux mers.]

Mais moi, sous chaque jour courbant plus bas ma tête,

Je passe et, refroidi sous ce soleil joyeux,

Je m'en irai bientôt, au milieu de la fête,

Sans que rien manque au monde immense et radieux!