Paysage sentimental
Charles Marie Jean Albert Widor
Le ciel d'hiver, si doux, si triste, si dormant,
Où le soleil errait parmi des vapeurs blanches,
Était pareil au doux, au profond sentiment
Qui nous rendait heureux mélancoliquement
Par cette après-midi de rêves sous les branches...
Branches mortes qu'aucun souffle ne remuait,
Branches noires avec quelque feuille fanée,
-- Ah! que mon âme s'est à ton âme donnée
Plus tendrement encor dans ce grand bois muet,
Et dans cette langueur de la mort de l'année!
La mort de tout, sinon de toi que j'aime tant,
Et sinon du bonheur dont mon âme est comblée,
Bonheur qui dort au fond de cette âme isolée,
Mystérieux, paisible et frais comme l'étang
Qui pâlissait au fond de la pâle vallée.