Déclin d'amour

Charles Morac

Dans le mortel soupir de l'automne, qui frôle

Au bord du lac les joncs frileux,

Passe un murmure éteint: C'est l'eau triste et le saule

Qui se parlent entre eux.

Le saule: » Je languis, vois! ma verdure tombe

Et jonche ton cristal glacé;

Toi qui fus la compagne, aujourd'hui sois la tombe

De mon printemps passé.«

Il dit. La feuille glisse et va remplire l'eau brune.

L'eau répond: » Ô mon pâle amant,

Ne laisse pas ainsi tomber une par une

Tes feuilles lentement;

» Ce baiser me fait mal, autant, je te l'assure,

Que les coups des avirons lourds;

Le frisson qu'il me donne est comme une blessure

Qui s'élargit toujours.

» Ce n'est qu'un point d'abord, puis un cercle qui tremble

Et qui grandit multiplié;

Et les fleurs de mes bords sentent toutes ensemble

Un sanglot à leur pied.

» Que ce tressaillement rare et long me tourmente!

Pourquoi m'oublier peu à peu?

Secoue en une fois, cruel, sur ton amante

Tes baisers d'adieu! «