La jeune Indienne
D. Lemire
Un beau navire à la riche carène,
Allait quitter les plages de Madras,
Et sur la rive une jeune Indienne
A sa compagne ainsi parlait tout bas:
« Si tu le vois, dis-lui que je l'adore,
« Rappelle-lui qu'il m'a donné sa foi.
« Demande-lui s'il me regrette encore,
« S'il se souvient d'avoir vécu pour moi.
S'il se souvient d'avoir vécu pour moi.
« Tu vas joyeuse au beau pays de France,
Pour des plaisirs changer la liberté;
Mais là, Zelmire, on dit que l'inconstance
Aime à braver les pleurs de la beauté...
Si tu le vois,
etc.
« Tu m'enverras par le prochain navire
Les mots d'amour qu'il doit te confier;
Mais... justes dieux! Ne m'écris pas, Zelmire,
Si pour une autre il a pu m'oublier.
Si tu le vois,
etc.
« Il me disait de bien douces paroles,
Lorsqu'à l'abri des bananiers en fleurs
Il étouffait sous des serments frivoles,
Les vains efforts de ma noble pudeur...
Si tu le vois,
etc.
»
Rien n'arriva du beau pays de France;
L'infortunée en perdit le repos;
La raison fuit lorsqu'à fui l'espérance...
En expirant elle disait ces mots:
Si tu le vois, dis-lui que je l'adore,
Rappelle-lui qu'il m'a donné sa foi.
Demande-lui s'il me regrette encore,
S'il se souvient d'avoir vécu pour moi.