Chant de nourrice

Darius Milhaud

Dors, ma fleur, mon fils chéri;

pendant que je balancerai ton berceau,

je vais te dire le conte de ta vie.

Je commence par te prévenir que tu es un Hébreu,

Que tu as Israël pour nom

et que c'est là ton titre de noblesse.

Ô mon chéri, quand tu seras avec des gens

étrangers à ton peuple,

ne sois pas honteux devant leurs insultes

mais responds-leur bien haut.

Oh! je te prie, sois sans peur aucune,

dis leur: "Ne suis-je pas le descendant des saints,

fils du peuple eternal?"

Fils du peuple éternellement persécuté

malheureux comme point d'autre, glorieux quand même,

car il dure, et cela depuis des siècles

et cela pour toujours.

Ne désespère point, mon fils chéri

parceque ton peuple est en exil.

Crois plutôt que le soleil de la justice

un jour brillera sur nous.

Souviens-toi sans cesse que nous avons un pays,

là-bas, très loin, que c'est vers lui

que l'âme de tout juif aspire avec ardeur.

Sur ses monts, dans ses champs délicieux

tu deviendras ce que tu voudras:

vigneron, berger, planteur, jardinier,

tu vivras paisible....

Dors ma fleur, mon fils chéri.