La tourterelle

Darius Milhaud

Ma colombe, ô ma tourterelle,

est-ce vous dont j'entends la voix plaintive

qui gémit dans les ramaux

de ces ormaux qui s'assombrissent?

Dans cette fin du jour l'air du soir

était caressé par vos ailes,

et maintenant, dans l'arbre balancé

votre voix chante grave et pure,

se mêlant au confus murmure des eaux.

Ah! quelles tempêtes et quels orages

vous ont emporté dans leur vaste univers

mon bel oiseau si fier, conduisant votre course

avec celle des grands nuages vagabonds.

Qu'il est pure le ciel à son zenith!

Se peut-il que les vents calmés vous aient abandonné

dans les rameaux de ces grands arbres?

Leur feuillage hautain est confus sur le firmament.

Que vous vous plaignez tristement!

Quelle flèche vous a blessé,

mon bel oiseau si doux?

C'est ici la vallée de mes larmes.

Voici ces tendres coteaux, ces fleurs jamais cueillies,

ces rives nébuleuses qui cheminent vers l'horizon.

Le soleil a laissé ses rayons dans le ciel,

dans un ciel pur où palpite

le vol d'autres colombes invisibles.

Vous chantez sur cette arbre au pied duquel je pleure.

Ma colombe, ô ma tourterelle,

demeurez avec moi, dans ma vallée.