Nous nous aimerons tant

Darius Milhaud

Nous nous aimerons tant que nous tairons nos mots,

en nous tendant la main, quand nous nous reverrons.

Vous serez ombragée par d'anciens rameaux

sur le banc que je sais où nous nous assoirons.

C'est là que votre amie, cette fée du hameau,

gracieuse comme au temps de Jean-Jacques Rousseau,

et bonne comme on est quand on a bien souffert,

c'est là, dans le secret de ces asiles verts,

qu'elle parla de vous à celui qui vous aime.

Donc nous nous assoirons sur ce banc, tous deux seuls,

à l'heure où le soleil empourprant l'écureuil

descend sur la pelouse où sont les poulinières.

D'un long moment, ô mon amie, vous n'oserez...

Que vous me serez douce et que je tremblerai...