Harmonie du soir

Debussy, Claude

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;

Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir,

— Valse mélancolique et langoureux vertige ! —

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;

Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige ;

— Valse mélancolique et langoureux vertige ! —

Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige,

Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir !

— Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;

Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.

Un cœur tendre qui hait le néant vaste et noir

Du passé lumineux recueille tout vestige ;

— Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige ;

Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !