Coquetterie posthume

Debussy, Claude

Quand je mourrai, que l'on me mette,

Avant que de clouer mon cercueil,

Un peu de rouge à la pommette,

Un peu de noir au bord de l'oeil.

Car je veux, dans ma bière close,

Comme le soir de son aveu,

Rester éternellement rose

Avec du khol sous mon œuil bleu.

Pas de suaire en toile fine ;

Mais drapez-moi dans les plis blancs

De ma robe de mousseline,

De ma robe à treize volants.

C'est ma parure préférée :

Je la portais quand je lui plus ;

Son premier regard l'a sacrée,

Et depuis je ne la mis plus.

Posez-moi sans jaune immortelle,

Sans coussin de larmes brodé.

Sur mon oreiller de dentelle

De ma chevelure inondé.

Cet oreiller, dans les nuits folle,

A vu dormir nos fronts unis,

Et sous le drap noir des gondoles

Compté nos baisers infinis.

Entre mes mains de cire pâle,

Que la prière réunit,

Tournez ce chapelet d'opale

Par le pape à Rome bènit.

Je l'égrènerai dans la couche

D'où nul encor ne s'est levé.

Sa bouche en a dit sur ma bouche

Chaque

Pater

et chaque

Ave

Quand je mourrai, que l'on ne mette,

Avant que de clouer mon cercueil.

Un peu de rouge à la pommette

Un peu de noir au bord de l'oeil.