La Romance d'Ariel

Debussy, Claude

Au long de ces montagnes douces,

Dis! viendras-tu pas à l'appel

De ton délicat Ariel

Qui veloute à tes pieds les mousses?

Suave Miranda, je veux

Qu'il fasse juste assez de brise

Pour que ce souffle tiède frise

Les pointes d'or de tes cheveux!

Les clochettes des digitales

Sur ton passage tinteront;

Les églantines sur ton front

Effeuilleront leurs blancs pétales.

Sous le feuillage du bouleau

Blondira ta tête bouclée;

Et dans le creux de la vallée

Tu regarderas bleuir l'eau,

L'eau du lac lumineux ou sombre,

Miroir changeant du ciel d'été,

Qui sourit avec sa gaîté

Et qui s'attriste avec son ombre;

Symbole, hélas! du cœur aimant,

Où le chagrin, où le sourire

De l'être trop aimé, se mire

Gaîment ou douloureusement …