Les baisers

Debussy, Claude

Plus de fois, dans tes bras charmants

Captif, j'ai béni mes prisons,

Que le ciel n'a de diamants;

Et pour tes noires trahisons

J'ai versé plus de pleurs amers

Que n'en tient le gouffre des mers.

Mes chants ailés, je te les dois!

Plus haineuse que les bourreaux,

Mon cœur a saigné sous tes doigts;

Mais que de fois, comme un héros

Qui vient de voler son trésor,

J'ai dormi sur tes cheveux d'or!

Tu m'as versé le vin du ciel!

Et mes maux seront pardonnés

A ton désoeuvrement cruel,

Si les baisers que m'a donnés

Ta lèvre pareille à des fleurs

Sont aussi nombreux que mes pleurs.