Les Elfes

Debussy, Claude

Couronnés de thym et de marjolaine,

Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

Du sentier des bois aux daims familier,

Sur un noir cheval, sort un chevalier.

Son éperon d'or brille en la nuit brune;

Et, quand il traverse un rayon de lune,

On voit resplendir, d'un reflet changeant,

Sur sa chevelure un casque d'argent.

Ils l'entourent tous d'un essaim léger

Qui dans l'air muet semble voltiger.

«Hardi chevalier, par la nuit sereine,

Où vas-tu si tard? dit la jeune Reine.

De mauvais esprits hantent les forêts;

Viens danser plutôt sur les gazons frais.»

«Non! ma fiancée aux yeux clairs et doux

M'attend, et demain nous serons époux.

Laissez-moi passer, Elfes des prairies.»

Et sous l'éperon le noir cheval part.

Il court, il bondit et va sans retard;

Mais le chevalier frissonne et se penche;

Il voit sur la route une forme blanche

Qui marche sans bruit et lui tend les bras:

«Elfe, esprit, démon, ne m'arrête pas!»

«Ne m'arrête pas, fantôme odieux!

Je vais épouser ma belle aux doux yeux.»

«Ô mon cher époux, la tombe éternelle

Sera notre lit de noce, dit-elle.

Je suis morte!»—Et lui, la voyant ainsi,

D'angoisse et d'amour tombe mort aussi.