De fleurs

Debussy, Claude

Dans l'ennui si désolément vert

De la serre de douleur,

Les Fleurs enlacent mon cœur

De leurs tiges méchantes.

Ah! quand reviendront autour de ma tête

Les chères mains si tendrement désenlaceuses?

Les grands Iris violets

Violèrent méchamment tes yeux,

En semblant les refléter,

Eux, qui furent l'eau du songe

Où plongèrent mes rêves si doucement

Enclos en leur couleur;

Et les lys, blancs jets d'eau de pistils embaumés,

Ont perdu leur grâce blanche

Et ne sont plus que pauvres malades sans soleil!

Soleil! ami des fleurs mauvaises,

Tueur de rêves! Tueur d'illusions,

Ce pain béni des âmes misérables!

Venez! Venez! Les mains salvatrices!

Brisez les vitres de mensonge,

Brisez les vitres de maléfice,

Mon âme meurt de trop de soleil!

Mirages! Plus ne refleurira la joie de mes yeux,

Et mes mains sont lasses de prier,

Mes yeux sont las de pleurer!

Éternellement ce bruit fou

Des pétales noirs de l'ennui,

Tombant goutte à goutte sur ma tête

Dans le vert de la serre de douleur!