Rondeau: "Fut-il jamais"

Debussy, Claude

Fut-il jamais douceur de cœur pareille

À voir Manon dans mes bras sommeiller ?

Son front coquet parfume l'oreiller ;

Dans son beau sein, j'entends son cœur qui veille.

Un songe passe, et s'en vient l'égayer.

Ainsi s'endort la fleur d'églantier

Dans son calice enfermant une abeille.

Moi, je la berce ; un plus charmant métier,

Fut-il jamais ?

Mais le jour vient, et l'aurore vermeille

Effeuille au vent son bouquet printanier

Le peigne en main et la perle à l'oreille,

À son miroir Manon court

m'oublier.

Hélas ! l'amour sans lendemain ni veille

Fut-il jamais ?