Ronsard à sa muse

M. Delage

Plus dur que fer, j'ai fini mon ouvrage,

Que l'an, dispos à démener les pas,

Ni l'eau rongearde ou des Frères la rage,

Qui rompent tout, ne rueront point à bas.

Quand ce viendra que mon dernier trépas

M'assoupira d'un somme dur, à l'heure

Sous le tombeau tout Ronsard n'ira pas

Restant de lui la part qui est meilleure.

Toujours, toujours, sans que jamais je meure,

Je volerai, cygne, par l'univers.

Éternisant les champs où je demeure

De mes lauriers et de mon nom couverts,

Pour avoir joint les deux harpeurs divers

Au doux babil de ma lyre d'ivoire,

Que j'ai rendus vendômois par mes vers.

Sus doncques, Muse, emporte au ciel la gloire

Que j'ai gagnée, annonçant la victoire

Dont à bon droit je me vois jouissant,

Et de ton fils consacre la mémoire

Serrant mon front d'un laurier verdissant.