La porte
T. Dubois
Ô porte, prends garde à Celle qui vient
Quand la lampe est morte,
Qui sans bruit, sans faire aboyer le chien,
Sait ouvrir la porte!
Guette le chemin qui serpente et fuit
Sous les noirs ombrages,
Observe les champs, surveille la nuit,
Car la Mort voyage...
Car la Mort voyage et prend notre toit
Volontiers pour gîte,
Et cette étrangère au foyer s'assoit
Sans qu'on l'y invite.
Malheur aux maisons qui laissent entrer
Son ombre avec l'ombre!
Au retour de l'aube, on verra pleurer
Leurs fenêtres sombres;
Et, le lendemain et le jour suivant
Funèbrement closes,
Elles auront l'air de taire aux vivants
D'effroyables choses;
Puis, lorsque les morts enfin s'en iront,
Les portes farouches,
Comme pour crier vers eux ouvriront,
Béante, leur bouche...
Veille, ô porte, afin que Celle qui vient
Quand la lampe est morte
Ne surprenne, un soir, les âmes des tiens
Et ne les emporte!