Carillon

E. Elgar

Chantons, Belges, chantons,

Même si les blessures saignent,

même si la voix se brise,

Plus haut que la tourmente,

plus fort que les canons,

Chantons l'orgueil de nos défaites,

Par ce beau soleil d'automne,

Et la joie de rester honnêtes

Quand la lâcheté nous serait si bonne.

Au son du tambour, au son du clairon,

Sur les ruines d'Aerschot,

de Dinant, de Termonde,

Dansons, Belges, dansons,

En chantant notre gloire,

Même si les yeux brûlent,

Si la tête s'égare,

Formons la ronde!

Avec des branches de hêtre, de hêtre flamboyant,

Au son du tambour,

Nous couvrirons les tombes de nos enfants.

Nous choisirons un jour,

Comme celui-ci.

Où les peupliers tremblent doucement

Dans le vent,

Et où l'odeur des feuilles mortes

Embaume les bois,

Comme aujourd'hui,

Afin qu'ils emportent là-bas

Le parfum du pays.

Nous prierons la terre qu'ils ont tant aimée

De les bercer dans ses grands bras,

De les réchauffer sur sa vaste poitrine

Et de les faire rêver de nouvaux combats:

De la prise de Bruxelles, de Malines,

De Namur, de Liège, de Louvain,

Et de leur entrée triomphale, là-bas,

A Berlin!

Chantons, Belges, chantons,

Même si les blessures saignent, et si la voix se brise,

Plus haut que la tourmente, plus fort que les canons,

Même si les blessures saignent, même si le cœur se brise,

Chantons l'espoir et la haise implacable,

Par ce beau soleil d'automne,

Et la fierté de rester charitables

Quand la Vengeance nous serait si bonne!