Charité

E. Folville

I

Écoutez-moi, vous dont la destinée

Pour les combler devance les désirs;

Vous, les heureux, pour qui chaque journée

Fait succéder les plaisirs aux plaisirs.

Il est des cœurs brisés par la souffrance,

Qui vainement luttent contre le sort;

Qui, chaque jour, avec moins d'espérance,

Doivent tenter un plus pénible effort.

Si vous vouliez, la tristesse morose

Dans ces cœurs-là s'apaiserait demain.

Riches, donnez! C'est pour vous peu de chose

Et Dieu, pour vous bénir, étend déja sa main!

II

Quand vient l'hiver, le souffle des tempêtes

N'effleure pas vos toits bien abrités;

Les lustres d'or, sur vos tables de fêtes,

Nouveaux soleils, répandent leurs clartés.

Dans leur logis, tout près de vous peut-être,

Que d'indigents sont sans bois et sans pain!

Le vent du nord a disjoint la fenêtre,

Pas de travail. Ils ont froid, ils ont faim.

Si vous vouliez, la mansarde mieux close

Contre l'hiver se défendrait demain.

Riches, donnez! C'est pour vous peu de chose

Et Dieu, pour vous bénir, étend déjà sa main!

III

Votre bonheur, ô meres de famille.

C'est la gaité de vos enfants joyeux;

Vous souriez quand le sourire brille,

Étincelant, dans leurs chers et doux yeux.

Il est pourtant des enfants de leur åge

Dont le front pur est déjà bien meurtri,

Et qui pour vivre ont besoin de courage.

Pauvres petits, ils n'ont jamais souri!...

Si vous vouliez, leur lèvre serait rose

Et sourirait, en s'éveillant, demain.

Riches, donnez! C'est pour vous peu de chose

Et Dieu, pour vous bénir, étend déjà sa main.