Adieu au désert

E. Lalo

La nuit disparâit, l'oiseau chante

Et monte joyeux dans les airs!

C'est assez dormir sous la tente,

Debout, noirs enfants du désert!

Guerre aux chrétiens!

Mort aux maudits!

Nous, que le prophète a bénis!

Quittons l'oasis aux prés verts

Elançons-nous de nos déserts!

Lance au poing, sabre aux dents,

Courbons-nous sur nos selles;

A cheval! à cheval! et mort aux infidèles!

Adieu donc, mes rêves d'enfant,

Ma natte et le grand sycomore

Dont le feuillage dès l'aurore

Me couvrait d'ombre sur mon banc,

Adieu, mes compagnons joyeux,

Qui sans moi gardent les cavales,

Adieu les filles aux fronts pâles

Qui laissent flotter leurs cheveux!

La nuit disparâit, l'oiseau chante

Et monte joyeux dans les airs!

C'est assez dormir sous la tente,

Debout, noirs enfants du désert!

Guerre aux chrétiens!

Mort aux maudits!

Nous, que le prophète a bénis!

Quittons l'oasis aux prés verts

Elançons-nous de nos déserts!

Lance au poing, sabre aux dents,

Courbons-nous sur nos selles;

A cheval! à cheval! et mort aux infidèles!

Adieu, ces regards enivrants

Dans lesquels se noyait mon âme!

Adieu ces longs soupirs de flamme

Qu'étouffaient nos baisers ardents!

Adieu, bel ange des amours,

Vierge que mon coeur idolâtre

A l'oeil d'azur, au sein d'albâtre

Doux espoir,

Adieu pour toujours!

La nuit disparâit, l'oiseau chante

Et monte joyeux dans les airs!

C'est assez dormir sous la tente,

Debout, noirs enfants du désert!

Guerre aux chrétiens!

Mort aux maudits!

Nous, que le prophète a bénis!

Quittons l'oasis aux prés verts

Elançons-nous de nos déserts!

Lance au poing, sabre aux dents,

Courbons-nous sur nos selles;

A cheval! à cheval! et mort aux infidèles!