La prière de l'enfant

E. Tinel

Ô Père qu'adore mon père!

Toi qu'on ne nomme qu'à genoux,

Toi dont le nom terrible et doux

Fait courber le front de ma mère;

On dit que ce brillant soleil

N'est qu'un jouet de ta puissance;

Que sous tes pieds il se balance

Comme une lampe de vermeil.

On dit que c'est toi qui fais naître

Les petits oiseaux dans les champs,

Et qui donne aux petits enfants

Une âme aussi pour te connaître.

On dit que c'est toi qui produis

Les fleurs dont le jardin se pare,

Et que, sans toi, toujours avare,

Le verger n'aurait point de fruits.

Aux dons que ta bonté mesure

Tout l'univers est convié;

Nul insecte n'est oublié

À ce festin de la nature.

L'agneau broute le serpolet,

La chèvre s'attache au cytise,

La mouche au bord du vase puise

Les blanches gouttes de mon lait:

L'alouette a la graine amère

Que laisse envoler le glaneur,

Le passereau suit le vanneur,

Et l'enfant s'attache à sa mère.

Et pour obtenir chaque don

Que chaque jour tu fais éclore,

À midi, le soir, à l'aurore,

Que faut-il? Prononcer ton nom!

Ô Dieu! ma bouche balbutie

Ce nom des anges redouté.

Un enfant même est écouté

Dans le choeur qui te glorifié.

Ton nom est écrit dans les cieux!

Je suis trop petit pour y lire;

Ma mère en mes yeux le voit luire.

Et moi je le lis dans ses yeux.

Quand je suis bon, quand elle est tenare

Nous sentons ta présence en nous;

Je joins mes mains sur ses genoux:

T'aimer, n'est-ce pas te comprendre?

Ah! puisque tu veilles si loin

Pour exaucer notre tendresse,

Je veux te demander sans cesse

Ce dont les autres ont besoin.

13. Mon Dieu, donne l'onde aux fontaines,

Donne la plume aux passereaux,

Et la laine aux petits agneaux,

Et l'ombre et la rosée aux plaines.

Donne aux malades la santé,

Au mendiant le pain qu'il pleure,

À l'orphelin une demeure,

Au prisonnier la liberté.

Donne une famille nombreuse

Au père qui craint le Seigneur;

Donne à moi sagesse et bonheur,

Pour que ma mère soit heureuse!

Que je sois bon, quoique petit,

Comme cet enfant dans le temple,

Que chaque matin je contemple,

Souriant au pied de mon lit!

Mets ton saint nom dans ma mémoire,

Mets le pauvre sur mon chemin,

Mets l'abondance dans ma main,

Pour que je la verse à ta gloire.

Et que mon cœur s'élève à toi

Comme cet encens en fumée

Que balance une urne embaumée

Dans la main d'enfants comme moi!