La Violette
E. Tinel
Aimable fille du printemps,
Timide amante des bocages,
Ton doux parfum flatte mes sens,
Et tu sembles fuir mes hommages.
Comme le bienfaiteur discret
Dont la main secourt l'indigence,
Tu me présentes le bienfait,
Et tu crains la reconnaissance.
Sans faste, sans admirateur,
Tu vis obscure, abandonnée,
Et l'œil encor cherche la fleur
Quand l'odorat l'a devinée.
Sous les pieds ingrats du passant
Souvent tu péris sans défense;
Ainsi sous les coups du méchant
Meurt quelquefois l'humble innocence.
Pourquoi tes modestes couleurs
Au jour n'osent-elles paraître?
Auprès de la reine des fleurs
Tu crains de t'éclipser peut-être?
Rassure-toi, même à la cour,
La bergère sait plaire encore;
On aime l'éclat d'un beau jour
Et les doux rayons de l'aurore.
Viens prendre place en nos jardins,
Quitte ce séjour solitaire;
Je te promets tous les matins
Une eau toujours limpide et claire.
Que dis-je?... Non, dans ces bosquets
Reste, ô violette chérie!
Heureux qui répand des bienfaits,
Et, comme toi, cache sa vie!