Le premier jour de mai

Émile Pessard

Laissons le lit et le sommeil,

Cette journée:

Pour nous l'aurore au front vermeil

Est déjà née.

Or' que le ciel est le plus gai,

En ce gracieux moi de mai,

Aimons, Mignonne!

Contentons notre ardent désir:

En ce monde n'a du plaisir

Qui ne s'en donne.

Viens, belle, viens te promener

Dans ce bocage;

Entends les oiseaux jargonner

De leur ramage.

Mais écoute comme sur tous

Le rossignol est le plus doux,

Sans qu'il se lasse.

Oublions tout deuil, tout ennui,

Pour nous réjouir comme lui:

Le temps se passe.

Ce vieillard, contraire aux amants,

Des ailes porte,

Et, en fuyant, nos meilleurs ans

Bien loin emporte.

Quand ridée un jour tu seras,

Mélancolique, tu diras:

J'étais peu sage,

Qui n'usais point de la beauté

Que sitôt le temps a ôté

De mon visage.

Laissons ce regret et ce pleur

A la vieillesse,

Jeunes, il faut cueillir la fleur

De la jeunesse.

Or' que le ciel est le plus gai,

En ce gracieux mois de mai,

Aimons, mignonne.

Contentons notre ardent désir:

En ce monde n'a du plaisir

Qui ne s'en donne.