L'air est plein d'une odeur exquise de lilas

Ernest Amédée Chausson

L'air est plein d'une odeur exquise de lilas

Qui, fleurissant du haut des murs jusques en bas,

Embaument les cheveux des femmes.

La mer au grand soleil va toute s'embraser,

Et sur le sable fin qu'elles viennent baiser

Roulent d'éblouissantes lames.

Mauves ou violets, rouges et blancs, ils sont

Le sourire enfantin de la vieille maison

Que leur grâce a toute fleurie;

Les femmes Dieu sait où vont les cheveux au vent,

Et la mer étincelle au clair soleil levant

Comme une immense pierrerie.

Ô ciel qui de

ses

yeux dois porter la couleur,

Brise qui vas chanter dans les lilas en fleur

Pour en sortir tout embaumée,

Ruisseaux qui mouillerez

sa

robe, ô verts sentiers,

Vous qui tressaillerez sous

ses

chers petits pieds,

Faites-moi voir ma bien aimée!

Je ne la connais pas: pourtant -- je l'ai juré --

En la voyant passer je la reconnaîtrai

A son pied mignon qui se cambre,

Au sourire, aux cheveux entortillés, pareils

Aux grappes des lilas qu'un baiser du soleil

Aurait faits blonds comme de l'ambre.

L'herbe sent bon, les fleurs ont les yeux demi-clos,

La lumière est joyeuse et danse sur les flots --

J'entends là-bas chanter un merle...

Oh! puissé-je la voir, être son bien-aimé,

Et qu'elle porte au cœur une rose de mai

Ou des lilas couleur de perle!