Les Roses d'Ispahan

Ernest de Behault

Les roses d'Ispahan dans leur gaîne de mousse,

Les jasmins de Mossoul, les fleurs de l'oranger,

Ont un parfum moins frais, ont une odeur moins douce,

Ô blanche Léïlah! que ton souffle léger.

Ta lèvre est de corail et ton rire léger

Sonne mieux que l'eau vive et d'une voix plus douce.

Mieux que le vent joyeux qui berce l'oranger,

Mieux que l'oiseau qui chante au bord d'un nid de mousse.

Mais le subtile odeur des roses dans leur mousse,

La brise qui se joue autour de l'oranger

Et l'eau vive qui flue avec sa plainte douce

Ont un charme plus sûr que ton amour léger!

Ô Leïlah! depuis que de leur vol léger

Tous les baisers ont fui de ta lèvre si douce

Il n'est plus de parfum dans le pâle oranger,

Ni de céleste arome aux roses dans leur mousse.

L'oiseau, sur le duvet humide et sur la mousse,

Ne chante plus parmi la rose et l'oranger;

L'eau vive des jardins n'a plus de chanson douce,

L'aube ne dore plus le ciel pur et léger.

Oh! que ton jeune amour, ce papillon léger,

Revienne vers mon coeur d'une aile prompte et douce.

Et qu'il parfume encor les fleurs de l'oranger,

Les roses d'Ispahan dans leur gaîne de mousse.