Le deuil au cœur
Ernest Tessier
J'ai beau vouloir aimer, j'ai beau vouloir revivre;
L'affreuse lassitude en moi met sa langueur.
Et rien ne la secoue et rien ne me délivre,
Je dois pleurer toujours, car j'ai le deuil au cœur.
Je sens comme à travers la funèbre tenture
Je ne sais quoi de mort y dormir lourdement.
Et je reste à genoux près d'une sépulture
Et je passe ma vie à ce recueillement.
Vous qui, fouillant du cœur les tristes hécatombes,
Croyez en les sondant consoler nos douleurs,
Songez que le silence est le bienfait des tombes,
Et qu'à l'en droit qu'on foule il ne croît pas de fleurs.
Si vous voyez parfois qu'un pur regard se voile
Du désenschantement des avenirs lointains,
Ne troublez pas ces yeux qui cherchent une étoile
Et pleurent doucement sur tant d'astres éteints.