Dissolution

F. Berthet

Et je suis de nouveau reporté sur la mer indifférente et liquide.

Quand je serai mort, on ne me fera plus souffrir.

Quand je serai enterré entre mon père et ma mère,

on ne me fera plus souffrir.

On ne se rira plus de ce cœur trop aimant.

Dans l'intérieur de la terre

se dissoudra le sacrement de mon corps,

mais mon âme, pareille au cri le plus perçant,

reposera dans le sein d'Abraham.

Maintenant tout est dissous,

et d'un œil appesanti je cherche en vain autour de moi

et le pays habituel à la route ferme sous mon pas

et ce visage cruel. Le ciel n'est plus que de la brume

et l'espace de l'eau. Tu le vois, tout est dissous

et je chercherais en vain autour de moi trait ou forme.

Rien, pour horizon, que la cessation

de la couleur la plus foncée.

La matière de tout est rassemblée en une seule eau,

pareille à celle de ces larmes

que je sens qui coulent sur ma joue.

Sa voix, pareille à celle du sommeil

quand il souffle de ce qu'il y a de plus sourd à l'espoir en nous.

J'aurais beau chercher, je ne trouve plus rien hors de moi,

ni ce pays qui fut mon séjour, ni ce visage beaucoup aimé.