Alger le soir

F. Fourdrain

Au vieux quartier de la Kasbah

S'arrête le chef indigène,

Ses bras musclés, couleur d'ébène,

Sortant de l'ample gandoura.

La voix des chameliers nomades,

La nouba, flûtes et tambour,

Vont se mêlant, dans le soir lourd,

Aux senteurs d'ambre et de muscades.

Derrière la grille, des yeux

S'allument comme des etoiles.

Des femmes aux transparents voiles,

Se montrent le fier amoureux

Etranger, coureur de gazelles,

Qui visites notre Kasbah

Pourquoi nous brûler, par Allah!

Du feu sombre de tes prunelles?

Ne vois-tu pas qu'une prison

Retient nos pauvres corps esclaves?

Retourne en ta tribu de braves,

Ne trouble pas notre raison.

Mais le bel amoureux ne bouge:

Car des doigts fins, doigts de fuseaux,

Sortent parfois hors des barreaux

Pour caresser son turban rouge.