Le vieux moulin

F. Fourdrain

O vieux Moulin désert que l'herbe ronge,

Parfois ton aile, inerte trop longtemps,

S'éveille, vibre ainsi que dans un songe,

Et tourne, et tourne aux horizons flamands.

Et je revois la vaillante Ludine,

Grasse et blonde meunière d'autre fois,

Debout auprès des grands sacs de farine,

Les palpant, les comptant du bout des doigts.

Qu'elle était fraiche en coiffe de Zélande!

Et si fidèle à l'époux, c'est certain

Pour tous les deux que la joie était grande

De toujours moudre et moudre le bon grain!

Tant et si bien qu'à ces rudes besognes

Ils ont usé leurs printemps, leurs hivers,

Et qu'un beau soir, comme un vol de cigognes

Leur âme a fui vers les Paradis clairs

Les Paradis où tout ce que l'on aime

Revit et chante en un rayon plus pur

Bien loin, là haut où Dieu compte lui mème

Et la farineet les grains de blémûr!