Marins d'Islande
F. Fourdrain
Ceux qui vont pêcher en lointaine Islande
Font un dur metier
Quand d'un ton bourru le patron commande,
Faut se résigner!
Le jour est blafard, la nuit sans étoiles,
Et le matelot,
Par les mauvais temps, en carguant les voiles,
Tombe du bateau.
Avec désespoir il lutte dans l'ombre
Contre l'Océan;
Puis par le remous il est pris, il sombre,
Râlant et hurlant...
Ceux qui vont pêcher en lointaine Islande
Font un dur metier
Quand d'un ton bourru la mort les demande,
Faut se résigner!
Mais ce soir, pourquoi luit il dans les âmes
Comme un doux rayon?
Pourquoi dans les yeux passetil des flammes,
Sous l'âpre horizon?
C'est qu'il est minuit, l'instant adorable
Où Monsieur Jésus
Sur un lit de foin naquit dans l'étable,
Tout blond et joufflu;
Et les matelots écoutent en rêve
Un gai carillon
Qui vient de là-bas, de la verte grève,
Du pays breton, du pays breton!
Cloches de Noël, bercez tous les êtres,
Les grands, les petits;
Ceux qui sont restés avec les ancêtres,
Ceux qui sont partis!
Cloches du hameau, cloches de la lande
Au joyeux refrains,
Consolez une heure, en lointaine Islande,
Les pauvres marins!