Le sentier
F. Grast
C'était un beau sentier,
plein d'une ombre amoureuse,
On n'y passait que deux
en s'y donnant la main;
Nous le suivions ensemble
en la saison heureuse;
Mais je n'ai pu dès lors
retrouver le chemin,
mais je n'ai pu dès lors
retrouver le chemin!
C'est qu'il faut être deux
pour ce pélérinage,
c'est que le beau sentier
n'a d'aspect enchanteur
De gazon et de fleurs
De parfums et d'ombrage,
Que pour qui sur son coeur
sent battre un autre coeur.
Mais sous le ciel brillant
de cette heureuse terre,
A travers ses coteaux
ses bois et ses sentiers,
Je ne l'ai plus revu,
ce chemin solitaire,
Où deux amants passaient
le long des églantiers!
Qui de nous, du passé refaisant le voyage,
Ne voit en souvenir, à travers le chemin,
Quelque désert fleuri, quelque riante plage,
Où le bonheur s'assied auprès du pélerin?
Au dé-sert de la vie, oasis fortunée,
Doux souvenirs épars dans l'ombre de nos jours,
Astres qui vont fuyant au déclin des années,
Mais dont l'éclat loin-tain nous enchante toujours!