À une Passante
F. Le Borne
Que ne t'ai-je connue au temps de ma jeunesse!
Dans un rêve d'amour j'aurais su t'enfermer.
Tout renaît, le printemps, le jour, l'espoir d'aimer.
Pourquoi n'est-il permis que notre âge renaisse?
Que ne t'ai-je connue au temps de ma jeunesse!
Que ne t'ai-je trouvée au penchant d'un chemin,
Sans asile, meurtrie et de tous rebutée...
Doucement, dans mes bras je t'aurais emportée,
Le soleil sur le front et des fleurs dans la main...
Que ne t'ai-je trouvée au penchant d'un chemin!
Que ne t'ai-je donné le meilleur de ma vie,
L'or fragile et vivant de mes bonheurs perdus,
Ce que m'ont pris l'ivresse et les baisers vendus!
Comme un prêtre à l'autel, que ne t'ai-je servie!
Que ne t'ai-je donné le meilleur de ma vie!