Dédicace de Pierre de Ronsard

F. Martin

Les amours n'aiment tant les pleurs,

La mouche ne suit tant les fleurs,

Ni les vainqueurs tant les couronnes,

La Haye, comme tu poursuis

les tendres Muses que tu suis

Comme tes plus chères mignonnes.

Nul mieux que toi parmi les bois

Ne contrefais leurs douces voix

Et nul par les roches hautaines

ne les va mieux accompagnant

Ni mieux près d'elles se baignant

Dans le cristal de leurs fontaines.

Nul mieux dans les rais de la nuit,

Quand la lune en son plein reluit

Sur l'herbe avec elles ne danse,

Suivantes le pouce divin,

De ce grand Alcée Angevin

Qui devant sonne la cadence.

Toi lors couronné du lien

Que donne l'arbre Daphinien,

Ores tu prends plaisir d'élire

Le premier rang, or' le milieu,

Entre elles marchant comme un Dieu

Qui s'égaye au son de la lyre.